Bienvenue sur le super portfolio, vide, en attendant le suivant. Note : penser à foutre du Lorem ipsum
Bande démo commune avec Rémi Simaer.
Plans tournés au Canon 7D et GH1 débridé
A la question « êtes-vous fou ». Je réponds oui. Mais bien moins que vous.
Être ou ne pas être, la question ne s’est jamais posée. N’ont jamais demeurés que le paraître ou ne pas être.
Vous, qui portez en bandoulière les illusions de vos rêves qui rebondissent mollement au cul flasque de vos envies futiles.
Vous, qui voyagez dans des galaxies de non-sens. Vous, vous qui avez inventés l’économie de marché pour y vendre l’âme même de l’humanité.
Vous, qui aimez parler avec noblesse de cette humanité; parlons en. La plus belle des pensées. L’idée qui relègue dieu au rang de clochard en haillons puant la pisse réchauffée. Vous, qui consentez difficilement à donner quelques centaines de millions à une poignée de « nègres crève-la-faim » au nom de cette Grande Idée; tandis qu’à coté vous débloquez des milliers de milliards de devises en tous genres, qui elles, sont bien moins réelles que ces gamins. Admirez la plus douce poésie de tous les temps. Admirons l’humanité.
La meilleure chose qui pourrait nous arriver serait probablement que nous crevions tous. Crevons tous en cœur. Un instant durant nous auront fait exister cette humanité chérie, réunis.
Je ne vois l’avenir ni dans les volutes de fumée empestant la lâcheté, ni dans les océans éthyliques. Mais je sais ce que l’on retiendra de nous; rien. Nous ne nous nourrissons que du néant que nous créons. Peut-être que la seule bonne chose à faire est de rêver. Rien ne disparaitra.
Sartre était un con, l’enfer n’est pas les autres. L’enfer est en nous.
Quant à moi, je suis un anarchiste, hippie fleuri, totalement réac à présent.
Shot with AATON XTR S16mm, We used a Kodak film vision 3 200T, Carl Zeiss Lens 11-110mm f:2.0, Telecinema to DV PAL 25 fps
Directors:
Lucas Botton
Victoria Donnet
Director of Production :
Isaure Desvernay
By Order of Appearance :
Vincent Simon
Anne-Catherine Gonin
Jean-Marc Stelhé
D.O.P. :
Fanny Gonin
Editing and effects :
Saad Hakki
Assistant director:
Paméla Brugerolles
Script :
Marthe Bachès
Camera operators :
Elliot Hoffnung
Rémi Simaer
Key Grip:
François Pochez
Production Assistant :
Emmanuel Trumer
Make Up :
Amina Rezig
Sound Engineer :
Antoine Leclercq
Valentin Bardot
Music :
Samuel Benveniste - Saxophone
Yacine Hamoumou - BeatBox
Kevin MacLeod - Piano
Camera, Lenses and Equipment Makers:
TranspaCam
TranspaGrip
Film Development :
Eclair Lab
Je suis ivre, mais pas encore trop. On peut déjà retracer la soirée aux odeurs de whisky et de bière qui imbibent ma chemise.
Je commence à me faire àla vie parisienne. Je respire parisien, je marche parisien, j’insulte parisien, et je me branle discrètement parisien. Faudrait pas effrayer la vieille voisine d’à coté pendant que je met à l’épreuve les ressorts de mon matelas.
Duke et le taxi. Je les ai rencontrés en rentrant de la crémaillère organisée par la soeur d’un ami. Après avoir longuement cherché un noctilien, disons au moins dix minutes, et dieu sait que par ce froid le temps se fige, je me suis résigné à prendre un taxi.
De manière générale j’adore prendre le taxi. Il n’est pas utile de discuter, juste contempler. Vous savez, ce truc dans les trains, le paysage qui passe et la sensation d’éloignement. C’est pas des conneries. Et on retrouve ça dans les taxis. Juste, passer, regarder. Les lumières encore allumées aux étages, badauds et feux inondant l’atmosphère d’un rouge. Bref, j’adore les taxis; plus encore que les trains.
J’étais donc là à me refroidir à coté d’un arrêt de taxis. Je monte dans le premier venu, en fait vingt mètres plus loin, arrêté en double file, à me faire signe jusqu’à ce que je comprenne; et là, rien. Quand vous montez dans un taxi, première chose, dire une adresse, ou parfois essayer. Cela dépendra de l’état dans le quel vous vous trouvez. Ensuite, s’installer, chacun à sa manière. C’est uniquement à ce moment là que vous pénétrez dans le taxi. Son odeur, s’il passe de la soupe à la radio -et parfois rien-, sa manière de conduire, s’il a envie de parler ou pas.
Ce qui fera d’un taxi ce taxi.
C’est à ce moment là qu’on s’aperçoit que le taxi passe du jazz. Non pas que je m’y connaisse particulièrement en jazz, j’ai bien quelques références mais mes connaissances s’arrêtent là. C’est aussi le moment où l’on s’aperçoit que rien, non rien, ne se prêtait aussi bien qu’un doux jazz à ce moment là. Je serai bien incapable d’expliquer pourquoi.
Et de lui demander de monter le volume. Et parfois de l’entendre donnre quelques recommandations entre deux morceaux. Une sorte de clin d’oeil, ou que sais-je.
Je me suis senti vivant. Calmement vivant. Comme si le goût de la vie s’était intercalé entre moi et tout ce que je voyais.
« J’ai pas envie de mourir ce soir, alors bouge donc tes grosses fesses ! »
Et tout le monde de rire en coeur. Les rires de grands gamins qui ont pas encore atteint l’âge de raison, ripailleurs, francs, bon enfant. Un peu comme ceux des taverniers dans les bouquins de fantasy.
On est tous là, la bande de potes d’études, sur le vieux champ de guerre du Septième. L’auteur de cette petite phrase qui fait rire que les amis, c’est moi, le mec qui a la tête couchée sur les jambes de la fille de droite, celle avec les couettes. Sur mes jambes, celui qui a le ventre à lair et le verre dessus, c’est le copain d’enfance à moitié bourré, un peu lourd et un peu chiant, mais dont on peut pas avoir honte sans avoir honte de soi.
Et puis les autres, ceux qui rigolent, qui philosophent, qui échangent des regards ou des blagues vaseuses quon a pas entendu depuis l’Avant-Hier, tous ceux là c’est des amis du tout Paris dont on peut pas se séparer.
En face de moi, c’est un mec que javais rencontré dans un taudis de l’Est, il travaillait dans une banque en ruine, à même pas seize piges. Je l’avais trouvé les yeux complètement bourrés de la lumière de son portable, en train de trier je sais plus quel merdier de paperasse pour je sais plus quel supérieur.
Les deux jumelles qui l’entourent, cest les soeurs White, encore des orphelines dun quartier paumé.
Y en a tellement, tous rassemblés là autour du feu de camp de l’ami G… Un truc que je comprendrai jamais c’est bien comment il fait pour que ses feux durent aussi longtemps, alors quil se sert encore de ce bon vieux bois de mort et de deux ou trois allumettes du Loin-hier.
« Meurs donc, au moins je crèverai le ventre plein. »
Il m’envoie une main sur les cuisses et je le repousse d’un bon coup de hanche. Le verre va voltiger sur une robe de Hal et l’ami en question va rouler sur la dite porteuse de la robe.
Je rigole en voyant la grosse silhouette se prendre deux claques alors que lui commence à peine à grogner. Et encore des criaillements, et encore des grognements, et encore mon rire qui augmente, augmente, augmente, pendant que la fille à ma tête glisse discrètement ses doigts dans mes cheveux.
Je lève la tête, un sourire.
Si le sang qui parcourt mes veines était un peu moins rouge, j’aurais peut-être fait une petite métaphore de collégien. « Tes yeux sont aussi brillants que les étoiles derrière toi », ou encore le « Si l’amour était un grain de sable, je t’offrirais le désert ». J’adore ce genre de conneries, c’est comme les blagues des magazines qu’on trouve dans les poubelles.
Mais cette soirée est bien belle, c’est vrai. Ca fait six mois qu’on s’est pas vus comme ça, pendant une nuit entière, juste pour fêter la vie. Dans une putain de ville déglinguée et malade. Mais en vie, avec les étoiles en prime.
C’est vrai que les étoiles sont brillantes.
Mais pas autant que ses yeux.
Et trois mots suffisent pour le dire.
« Nuit noire. »
C’est fou comme deux mots peuvent plomber toutes les conversations. Même quand on les prononce en chuchotant comme un autiste. Même quand l’autiste en question est le mec assis en face de moi, les lunettes embuées et le regard vide.
Je sais pas combien de fois j’ai pu entendre ces deux mots, depuis vingt ans. Dans mon berceau, dans mon lit, dans ma piaule, dans la rue. Par des passants ou par des potes, par des parents ou des clodos. Ce que je sais par contre, c’est l’effet qu’ils provoquent, ces deux mots. Les mecs se relèvent, les filles arrêtent leur blabla, le vent se lève, les bâtiments se réveillent.
Et surtout, y a ces putains de grondements. Un truc à vous faire froid dans le dos, même si vous l’avez entendu toute votre vie.
D’abord un petit tremblement, une vibration qui hérisse vos poils et fait cliqueter les verres. Un truc qui fait rentrer les vers et oublier la journée, pour rappeler que la nuit est vraiment là, que c’est pas juste un disque brillant qui passe de l’autre côté de la Terre. Et que l’autre est venu. Pour vous et pour tous.
« Tu nous pompes avec ta nuit, le Quatre Vingt et Un. Il est pas une heure que je sache. »
C’est lautre con qui va exploser dans son pinard. Il est de dos, mais je sais qu’il sent mon regard derrière lui.
« La plus proche est trop loin, une heure, c’est juste ce quil nous faut, mec.
- Fais pas ton gosse, en cinq minutes t’es à lautre bout du champ. »
Je déglutis et regarde vers le sud. C’est vrai que l’étendue du vieux champ de guerre est pas si grande que ça, mais moi les longues marches dans la nuit, avec deux petits bois d’un côté et de lautre, ça me fout la trouille. On sait pas ce que peuvent devenir les hommes de nos jours. Des planqués aux arbres qui attendent leur bouffe ? Des mecs qui ont plus de quoi faire joujou seul et qui sont prêts à n’importe quoi ?
Je déteste ce quartier. Je déteste cette putain de tour de fer qui surplombe tout Paris. Elle est laide en plus. Le poivrot qu’est mon ami l’aime bien. Tout le monde l’aime. Qu’est ce qu’ils lui trouvent ?
« Les vieux t’ont pas dit qu’il faut toujours arriver en avance ?
- Les vieux se sont fait bouffer depuis longtemps, le Chiffre. Toi non plus t’auras bientôt plus la force de l’atteindre.
- M’appelle pas le Chiffre, mec. »
Je reste calme, mais la pression d’une main féminine sur mon bras m’empêche de l’envoyer contre une certaine joue. Je déteste aussi cette expression.
« C’est pourtant ce que t’es, et c’est déjà assez.
- Calme, fuite, Métro. »
Le mot de trop, le mot qui vous glace encore plus le sang que ces putains de vibrations toujours plus fortes. Y a un verre qui tombe, un cri qui s’échappe. Et y a mon coeur qui accélère. Saloperie d’autiste qui comprendra jamais les bonnes manières. Je jette un regard circulaire à tout le groupe, à tous ces gens, ces connaissances, ces souvenirs, que je retrouverai pas avant des mois ou des années, ou que je retrouverai peut-être jamais. Putain c’est rare ces moments, mais lui, lui, n’est jamais en retard.
« Pleure pas… »
C’est vrai que je pleure, elle a raison. Y a un pan de ma chemise mouillé. Mais regardez ces visages, merde, regardez la petite là, la petite enfant du couple de Chiffres, comme dit l’autre. Ils me regardent comme des chiens battus, eux aussi veulent pas partir. Le jeunot qu’a laissé tomber sa cigarette, tellement il meurt de trouille, et qui arrive même pas à pas trembler devant son petit frère, pâle, pâle comme je dois lêtre.
Mais merde, faut partir, alors me regardez pas avec ces grands airs. Le poivrot s’active. Les jumelles soulèvent l’autiste. On ramasse pas les verres, qu’est ce quon en a à faire des verres. Ils disparaissent toujours ces putains de verre.
« Minuit cinq et trente six secondes. Plus que cinquante quatre minutes et vingt quatre secondes avant…
- Dans ce coin là, le Métro arrive à cinquante cinq, mon ptit. Alors arrête de compter quand tu connais pas.
- Laisse le donc, il aime compter, me dit le poivrot.
- Mais je crois pas qu’il aime courir. Surtout avec ses deux roues. »